mardi 16 décembre 2014

D'où vient que le dimanche n'est pas un jour ordinaire?

Cet article reproduira d'une part les réflexions personnelles qui ont participé avec celles de Didier Myard à la préparation des séances de philosophie que nous assurons ensemble à l'Université Inter Ages du Grésivaudan de Grenoble et à l'Université Inter Communale du Grésivaudan ( St Ismier) et que j'assure seul à L'Université Pour tous de VOIRON et à l'U.I.A.D de St Marcellin, d'autre part les documents écrits qu'à cette occasion nous fournissons et qui servent de canevas à nos interventions. Celles ci, par contre, ne sont  jamais écrites; un étudiant enregistre sur internet celle que nous assurons à Grenoble. Elle peut donc être consultée et éventuellement être enregistrée à partir du site : http://jeanclaude.chene.free.fr/Philosophie/.
Ce thème du Travail est en effet celui sur lequel nous avons travaillé tout au long de l'année au cours de ces séances. Cet article suivra un peu le tempo des séances assurées à Grenoble ( 14 séances).
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1ère séance: il s'agit d'amorcer le thème avec des éléments bibliographiques et l'organigramme de l'année, ainsi que d'un questionnaire destiné à faire réfléchir les participants sur leur manière spontanée d'envisager le thème retenu.

Philo-UIAD du 1/10/14 - Mrs. Journault et Myard : « LE TRAVAIL ? » - INTRO 2014/2015
          http://jeanclaude.chene.free.fr/Philosophie/                         
    BIBLIOGRAPHIE :
* « Les tribulations d’une caissière »-Anna Sam, Stock 2008
* « Le principe de Peter »-Laurence J.Peter et Raymond Hull, poche 2011
« Le musée national »-Cécile Guibert, Gallimard 2000
« Le travail », textes choisis et présentés-Joël JUNG, Col. Garnier/Flammarion N°3025
« Le travail »-Dominique MEDA, P.U.F.2004, Que sais-je ? N° 2614
« Travail salarié et capital »-Marx, 1847                                     
« Le travail, une valeur en voie de disparition »-D.MEDA, Flamm.col.champs 1995                                                                        
* « Le travail, la révolution nécessaire »-D. MEDA éd. l’aube 2008
* « Le travail au Moyen-âge »-Robert FOSSIER, 2012, Poche pluriel
* «  Travailler deux heures par jour »-ADRET, Points actuels -Poche – 1 février 1979


 Contenu des trois trimestres à venir:

1er octobre 2014 : Présentation, débat avec questionnaire…
15 octobre 2014 : Les critères du travail ?
12 novembre 2014 : Travail libérateur ?
26 novembre 2014 : Travail aliénant ?
10 décembre 2014 : Travail et emploi ?
07 janvier 2015 : Histoire du travail ?
21 janvier 2015 : Le travail, une donnée anthropologique ?
04 février 2015 : Le travail, source de  valeur ?
04 mars 2015 : Rendre « soutenable » le travail ? - 1
18 mars 2015 : Rendre « soutenable » le travail ? - 2
1er avril 2015 : Quelles perspectives ?-1
29 avril 2015 : Quelles perspectives ? -2
13 mai 2015 : Quelles perspectives ? -3
27 mai 2015 : Bilan et suite…


LE TRAVAIL:SON IMPORTANCE: Questions pour nous aider à alimenter notre débat du jour.
1)   Avez-vous le sentiment que les modalités de votre existence dépendent de la façon dont notre société considère et organise le travail ?
 Oui :
Non :
         Comment ? :
- Quels aspects de votre vie privée, ou publique, vous paraissent alors en  dépendre ?

2)   D’après vous, le travail futur des enfants est-il la préoccupation principale des parents ?
- Qu’avez-vous souhaité pour vos enfants, ou que souhaitez-vous maintenant pour vos petits-enfants, par ordre de préférence ?
# L’acquisition d’un métier
# L’acquisition d’une « culture générale »
# L’obtention d’un emploi :
                        * rémunérateur
                        * reconnu socialement positivement
                        * compatible avec une vie familiale « ordinaire »
 # La concrétisation de leur souhait
 # autres :…………………………………………………………………………………………… ?

3)   Vous-mêmes, avez-vous eu un travail qui vous a satisfait ? Ou auriez-vous aimé faire « autre chose » ?
- Qu’est-ce que vous avez trouvé de plus pénible dans votre travail ?
              - Au contraire, qu’attendiez-vous principalement de votre travail ?
                                   # Un revenu ?
                                   # Une possibilité d’expression de vous-mêmes ?
                                   # Une reconnaissance sociale ?
                                   # autres :……………………………………………………………………………………… ?
         - Ce dernier a-t-il été votre préoccupation principale ?
                              Oui :
                             Non :
                Pourquoi ? :
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2ème séance : Toute activité n'est pas considérée comme du travail. Quelles sont les caractères de l'activité qui en fait un travail? Celles ci dépendent-elles de l'activité elles même ou de la façon dont au sein d'une structure  sociale donnée cette activité est considérée et organisée.

Philo-UIAD du 15/10/14 - Mrs. Journault et Myard : « Les critères du travail » ? 

ACTIVITE = TRAVAIL?
                

Vitale  Utile Pénible
        ↓
Contrepartie 
(en nature ou en argent)
        
 Pas de critère absolu
   mais évolutif
                                      
Ce n’est pas la nature de l’activité
QUi en fait un travail,
Mais la façon dont elle est
    socialement organisée

   Critères et caractéristiques du travail ? = introduction aux cours de novembre ( Hegel puis Marx )
« Je vais revenir sur les étapes du processus qui a eu pour conséquence que le travail est devenu central dans nos sociétés, qu’il est devenu un fait social total, et que l’absence de travail est devenue quelque chose d’absolument insupportable. Ma thèse, qui ne demande qu’à être discutée, c’est que le travail a trouvé son unité – c'est-à-dire la première fois qu’on a pu dire LE travail – au XVIIIème siècle, avec les philosophes économistes, et notamment Adam Smith. Smith ne part pas de la réalité du travail, mais il dit que le travail, c’est ce qui crée de la richesse. Tout se passe comme si le travail était quelque chose qui s’inventait de manière abstraite et instrumentale. Le travail ne trouverait son unité qu’à partir du moment où il créerait de la richesse. Smith continue toutefois à penser que le travail est une peine, un sacrifice. Tout comme les économistes aujourd’hui, qui continuent à penser que le travail est une « désutilité ». Il y aurait selon eux d’un côté le travail, et de l’autre le loisir.
            Au XIXème siècle, une révolution complète s’opère, et le travail devient l’essence de l’homme. L’idéalisme allemand, et plus particulièrement Hegel, va alors théoriser cette vision du travail. Ce qu’il dit, c’est que l’ « esprit », que l’on peut entendre comme étant l’homme, est dans le travail de sa propre transformation. Dès lors il envisage l’histoire du monde comme l’histoire de l’anéantissement de la nature par l’homme de manière que l’homme puisse mettre son image, sa trace, son empreinte partout. Il s’agit d’humaniser le monde. La tâche de l’homme, pour Hegel et Goethe, et selon une conception très prométhéenne, c’est d’anéantir le naturel pour mettre à la place du spirituel, de l’humain. Dès lors le ravail est à la fois ce qui transforme le monde, le fait à l’image de l’homme, ce qui me transforme moi-même. Chez Hegel, il y a encore une pluralité de manières de mettre le monde en valeur. Mais Marx, lui, va porter cette conception à son acmé. Pour lui, il n’y a plus que le travail. Le travail devient la seule activité humaine qui importe et qui définit l’homme. Le travail est la véritable activité humaine. Cette idée que le travail est l’essence de l’homme n’efface pas ce que j’ai appelé la « première couche de signification », celle qu’a apportée le XVIIIème. Les deux coexistent. Ma thèse, c’est qu’à la fin du XIXème une troisième couche de signification va encore venir s’ajouter aux deux autres : c’est le début de la société salariale ; le travail devient le support des droits et des protections, il devient le système de distribution des revenus, des droits et des protections.
            On se retrouve alors avec un concept de travail composé de différentes couches de signification qui sont largement contradictoires entre elles. Et je défie quiconque de parvenir à définir le travail de manière consensuelle. Car à la fois le travail est facteur de production, créateur de richesse pour la société et pour soi-même ; le travail c’est l’essence de l’homme, il s’y exprime, y fait oeuvre commune, y transforme le monde ; et le travail donne accès à la consommation, aux revenus, à la protection sociale, au droit du travail. Mais ces dimensions sont totalement contradictoires. En effet, dans un cas, lorsque le travail est facteur de production, le travailleur importe peu-ou pas ; ce qui compte c’est la production, la richesse concrète, et le travail n’est alors qu’un moyen pour l’atteindre. Alors que dans le second cas, lorsque le travail est l’essence de l’homme, alors la jouissance est dans l’acte, et le travail doit pouvoir être sa propre fin. Le travail n’est pas juste un moyen en vue d’autre chose (une grosse production) ; il est agréable et essentiel en lui-même parce qu’en travaillant, comme le dit Marx, je m’exprime, j’exprime ma singularité, je produis une image de moi, je la montre aux autres. Ce qui compte c’est la qualité de cette expression, de cette œuvre individuelle et collective, c’est la qualité de ma création - à nulle autre pareille. Aujourd’hui nous nous trouvons au milieu de ces contradictions, et l’on ne sait pas quelle est notre définition du travail, ni quel travail nous voulons vraiment. »

 Dominique MEDA : «Travail : la révolution nécessaire» - pages 49 à 52 ; éditions de « l’aube »-2011.

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3ème séance:

Philo-UIAD du 12/11/14 - Mrs. Journault et Myard :  « Travail libérateur ? »

L’homme, animal à l’état de nature
        → Besoins limités
=Déterminés génétiquement
                  +
 L’homme, capacité d’adaptation
  Emergence de besoins nouveaux
    = Déterminés socialement
                    
Le Travail : médiateur entre le « naturel » et le « spirituel »
  libération d’une réalité cachée :  l’humain

                             ou
Le Travail : participation individuelle à la production
concrète d’un monde humain = expression de soi et                            réalisation de l’humanité.



« 190 - L’animal a un cercle limité de moyens et de modalités de satisfaction de ses besoins également limités. L’être humain démontre, dans cette dépendance même, sa capacité à la dépasser et son universalité, d’abord avec la multiplication des besoins et des moyens, et ensuite avec la dispersion et la différenciation du besoin concret en parties et côtés singuliers qui deviennent différents besoins particularisés et ainsi plus abstraits
            194 - Dès lors que, dans le besoin social, en tant que liaison des besoins immédiats ou naturels et du besoin spirituel de la représentation, c’est ce dernier, à savoir l’universel, qui se met en position dominante, il y a dans ce facteur social le côté de la libération. C’est ainsi que la stricte nécessité naturelle du besoin est cachée, et que l’être humain se rapporte à son opinion, et assurément à une opinion universelle, et à une nécessité seulement créée par lui-même, au lieu de ne se rapporter qu’à une contingence extérieure, à une contingence intérieure, à un arbitraire.
            La représentation selon laquelle l’être humain, en un prétendu état de nature où il n’aurait que de prétendus besoins naturels et simples, et n’userait pour les satisfaire que des moyens que lui procurerait immédiatement une nature contingente, vivrait en liberté eu égard à ces besoins, est, même sans considérer le facteur de libération qui se trouve dans le travail (dont on parlera plus loin), une opinion sans vérité, parce que le besoin naturel comme tel et sa satisfaction immédiate, ne seraient que l’état de la spiritualité enfouie dans la nature et par là l’état de la grossièreté et de la non liberté, et parce que la liberté se trouve seulement dans la réflexion du spirituel en lui-même, dans sa différenciation par rapport au naturel et dans sa réflexion sur celui-ci
            196 – La médiation qui permet de préparer et d’acquérir des moyens proportionnés aux besoins particularisés et des moyens eux-mêmes particularisés est le travail, qui, par les processus les plus divers, spécifie en vue de ces multiples fins le matériau livré par la nature d’une façon immédiate. Cette mise en forme donne maintenant au moyen la valeur et sa finalité, si bien que l’être humain se rapporte dans sa consommation surtout à des productions humaines et que ce sont de tels efforts qu’il utilise. »
                                                                                                             HEGEL : Principes de la philosophie du droit .



« Supposons que nous produisions comme des êtres humains : chacun de nous s’affirmerait doublement dans sa production, soi-même et l’autre. 1) Dans ma production, je réaliserais mon individualité, ma particularité ; j’éprouverais, en travaillant, la jouissance d’une manifestation individuelle de ma vie, et dans la contemplation de l’objet, j’aurais la joie individuelle de reconnaître ma personnalité comme une puissance réelle, concrètement saisissable et échappant à tout doute…2) Dans ta jouissance ou ton emploi de mon produit, j’aurais la joie spirituelle immédiate de satisfaire par mon travail un besoin humain, de réaliser la nature humaine et de fournir au besoin d’un autre l’objet de sa nécessité. 3) J’aurais conscience de servir de médiateur entre toi et le genre humain, d’être reconnu et ressenti par toi comme un complément à ton propre être et comme une partie nécessaire de toi-même, d’être accepté dans ton esprit comme dans ton amour. 4) J’aurais, dans mes manifestations individuelles, la joie de créer la manifestation de la vie, c’est à dire, de réaliser et d’affirmer dans mon activité individuelle ma vraie nature, ma sociabilité humaine. Nos productions seraient autant de miroirs où nos êtres rayonneraient l’un vers l’autre. »   Marx, Economie et philosophieŒuvres (tome II - p.33)

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