mardi 28 janvier 2014

EPHEMERIDES


Cet "article" regroupera en réalité des réflexions journalières parfois disparates, provoquées de façon très diverses : une préoccupation, consciente ou non, une rencontre, un propos entendu ou lu, une discussion, etc...; réflexions développées ou très succintes, dont la venue, et la teneur restent problématique. le seul rapport revendiqué entre elles restera principalement un rapport temporel. Les réflexions les plus récentes sont les premières visibles, les plus anciennes sont à la suite. Si l'une de ces éphémérides donne lieu à commentaire suivi, elle pourra se transformer en article particulier.

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Le 18/10/2015 :


A propos de la « pensée complexe », plusieurs messages entre X et moi.

bonjour,
j'avoue ne pas souscrire à cet intérêt que tu manifestes pour ce que tu appelles la pensée complexe. Ce qui pour moi est important n'est pas que ma pensée soit complexe, mais que je puisse penser la complexité de la réalité. Ces deux propositions sont loin pour moi d'être équivalentes. Le sont-elles pour toi? Si ma pensée est soi-disant complexe, cela veut-il dire qu'elle pense la complexité du réel? Si oui, cela revient à supposer qu'entre la structure de ma pensée et celle du réel il y a correspondance. D'où tenons-nous cela? D'ici peu je finirai par dire que le réel et la représentation que j'en ai dans le cadre d'une pensée complexe sont semblables; puis en fin de compte que ce que j'appelle le réel est la représentation que j'en ai...Ce que j'appelle le réel n'est rien d'autre que ma représentation. Bientôt je finirai par me prendre pour Dieu...A défaut je me vivrai comme un individu auteur de ses représentations et de sa propre pensée... L'hyper-individualisme contemporain trouve ici la justification idéologique de ses fantasmes.
A débattre, en essayant de penser...Bernard.

Bonsoir
Je comprends ton questionnement mais ne sait pas y répondre directement et en tout cas pas aussi bien que P Fleurance dans le document que je t'ai joint (lien). 

Sache seulement que cette culture particulière m'a nourrie ainsi que ma propre démarche militante et qu'elle a fait ce que je suis devenu aujourd'hui. Pour être honnête, je dois y ajouter mes pratiques de l'informatique et du numérique, de l'alpinisme et ma pratique de la culture bouddhiste. Le tout s'est hybridé en ce que je nomme aujourd'hui ma pratique "managitude" ou méthode "simplexe". Je sais d'expérience que le chemin pour avancer dans ce champ est long et difficile. Encore faut-il en avoir l'appétit ? Est-ce indispensable pour vivre, je ne pense pas. Est-ce que cette culture participe à la biodiversité du vivant sur le plan culturel ? J'en témoigne régulièrement.  C'est ce qui condense ou synthétise au mieux mon chemin de vie. 

Je ne peux en débattre dans le cadre de ta rationalité ni dans une perspective soi disant objective. Tes commentaires à mes témoignages ce mercredi l'ont prouvé. Nous ne nous comprenons pas. En avons nous le désir  et l'énergie ?

A quoi sert de débattre et surtout comment débattre avec pertinence, activité si dispendieuse d'énergie ? C'est une question de grande actualité aujourd'hui, pour moi en tout cas.

X
   
Merci pour tes remarques. J'ai lu le texte de Fleurance et j'y souscrirais volontiers pour la plupart de ses remarques; mais elle aussi pratique ce tour de passe-passe théorique qui semble n'avoir pour elle comme pour toi aucune importance, et qui me parait au contraire lourd de présupposés non dits : on utilise le terme complexe comme qualificatif du monde, ce qui me va bien, comme aussi un qualificatif de ma pensée ( la "pensée complexe"), ce qui sous-entend que la structure de ma pensée est conforme à la structure du réel. Et c'est cela qui paradoxalement nous renvoie à l'épistémologie classique selon laquelle, puisque le monde obéissait à une structure logique ("la mathématique est l'alphabet dans lequel Dieu a écrit l'univers" (Galilée) ou encore du même Galilée :" le livre de la nature est écrit en langage mathématique", la rationalité logique des mathématiques est le modèle d'une pensée juste. Le fonctionnement correct de ma pensée est de passer de l’évidence sensible, qui peut me tromper, comme critère de vérité, à l’évidence intellectuelle, que seule la logique en définitive peut me fournir. On a changé de paradigme, le complexe remplace le logique, mais on prend pour argent comptant que la structure de ma pensée soit en harmonie avec la structure du réel ; pour Descartes cela est une nécessité, sinon Dieu qui est l'auteur du monde et de ma pensée ne serait plus qu'un malin génie cherchant à me tromper, ce qu'il ne saurait être. Nous faut-il adopter ce point de vue ou au contraire admettre qu'entre le contenu de ma pensée et le réel l’inadéquation inéluctable doit être corrigée, non par une pensée, mais par une pratique d'expérimentation. Le réel est complexe, oui; une pensée complexe, je ne vois pas ce que cela veut dire.
à plus,
Bernard. 
Bonsoir 

Je vois que tu as bien analysé cette difficulté. Je pense qu'il y a une grande différence entre les tenants de l'approche scientifique et les tenants de l'approche complexe.  Tu fais référence au Dieu de Descartes ou d'autres.

Pour moi, Dieu existe, il fait partie de la langue française. Pour moi la nature de Dieu qui caractérise ce concept est l’immanence, c'est à dire le réel dont je ne peux pas parler sans le déformer en une réalité : réalité mathématique réalité scientifique ou encore réalité complexe pour moi. La "pensée complexe" est l'un des regards que porte l'humain sur le réel pour en décrire une réalité la sienne.
Ce qui diffère en la posture "scientifique" et la posture "complexe" :

la posture scientifique donne son explication de ce qui est : exemple l'esprit et la pensée surgissent du cerveau biologique - on ne peut séparer matière et esprit. 

la posture complexe diffère dans le sens ou l'on ne peux séparer penser et agir. Quand on pense le monde dans sa complexité, l'observateur faisant partie de l'observation cela transforme le monde : l'observateur et son action sur le réel à travers le regard complexe qui lui porte.   Toutes les façons de penser le réel sont anthropocentrées et limitées aux capacités intellectuelles des personnes.

l'humain est incapable de représenter le réel et de le partager  avec aucune autre espèce du vivant. D'où l'absence d'objectivité radicale.

Chaque langue est un acteur majeur de la violence de la parole et de l'incompréhension qui en résulte. Mais sans la langue je ne peux pas communiquer.
  
Voila ce que je peux en dire.          
X 


Le 05/05/2015 :

L’être humain est un organisme animal doté d’un système nerveux centralisé dans un cerveau lequel par ses capacités sensori-motrices et cognitives le met en relation et en interaction constante avec son environnement.
Quand il s’exprime, par ses idées, ses croyances, ses décisions, ses actions, toutes celles-ci sont le résultat de l’interaction constante entre son potentiel génétique  et le potentiel issu de son histoire individuelle, elle-même en constante évolution de par son interaction incessante avec son environnement. En sorte que faire la part de ce qui relève, dans un cas précis, de qui provient de l’individu « lui-même », et de son interaction avec son environnement est tout à fait impossible et n’a même aucun sens. Si le « libre-arbitre » consiste en ce que ma décision ne relève que de « moi-même », cela ne se produit jamais.



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Le 23/04/2015 :

Lu ce matin dans « La biologie du couple » de Jean-Didier VINCENT :
« Notre vie en société n’est-elle pas entièrement anthropocentrique ? La conscience de soi qui est la caractéristique de l’homme et probablement aussi celle des grands singes passe par la connaissance d’autrui. C’est par elle que l’homme se reconnait comme tel. Démuni dans sa solitude, il ne peut vivre sans la présence affective et effective de l’autre en lui. Alors, pourquoi un homme et un orang-outan ne pourraient-ils se comprendre ? Par un phénomène de miroir, le cerveau de l’un simule ce qui se passe dans celui de l’autre et partage  ainsi sa pensée dans un va et vient réciproque. Autrement dit, il s’agit de comprendre le singe par l’intermédiaire du singe qui est en nous… »pp.152
Et plus loin : « Je rappellerai à ce propos les recommandations du Talmud : le but de l’éducation est d’amener l’enfant au mariage ; celui du mariage est d’acquérir la capacité à être seul ; celui de cette capacité est d’acquérir la capacité de la relation à l’autre… » pp.155.

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Le 12/03/2015 :

            Hier soir, à la maison du tourisme, conférence débat organisée par les francs-maçons  du « droit humain », avec Michel MELEY, responsable national de cette obédience maçonnique, à la fois « mixte et philosophiquement libérale. »

            La conférence et les questions qui ont suivies étaient de nature à présenter la franc-maçonnerie de manière claire et en dehors des fantasmes et préjugés qui ont souvent cours lorsqu’il s’agit précisément de la franc-maçonnerie. Pourtant cette présentation m’a laissé sur ma faim. J’aurais aimé que le conférencier accepte - et arrive à  le faire – de nous pointer l’aspect négatif structurel de son organisation. Tout processus en effet a un côté négatif, nécessaire d’ailleurs à son propre développement,  et tout autre que le simple fait que la réalité n’est pas toujours conforme, bien sûr, aux intentions affichées. Or de cela, il n’a pas du tout été question, donnant à penser que l’on se donne comme idéal la perfection d’un processus, ce qui est loin d’être sans présupposés philosophiques non dits, et peut-être même non reconnus. La conviction que le travail que chacun peut faire sur lui-même au sein des ateliers nécessite un relatif isolement et une codification très précise peut ainsi être considérée comme la volonté de maîtrise d’un processus qui doit demeurer à l’abri du surgissement spontané de la vie et de tout élément non programmé, perçu dès lors comme perturbateur. On ne pense bien qu’en chambre, ce qui est une démarche très rationnelle, à l’œuvre bien sûr dans le monde universitaire. L’idée est principale, d’elle découle la vie qu’il convient de mener, et non l’inverse. « Au début, était le Verbe… »

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Le 06/03/2015 :

Le dernier atelier philo s’est donc tenu mardi dernier, 3 mars. Il était consacré à la reprise du thème déjà retenu à l’atelier précédent : « la transcendance est-elle toujours religieuse ? » Nous avons principalement débattu autour de : « c’’est quoi une transcendance… ».
Ceci dit, plusieurs décisions ont été prises :
1)    Nous ne poursuivons plus sur le thème général « Dieu ».

2)    Nous envisageons de ne plus partir d’un thème comme nous le faisions jusqu’à présent ; mais de procéder différemment. Comment faire ? Partir d’un auteur ? Partir d’un texte ? Finalement nous partirons d’une simple phrase, tirée de préférence de l’actualité lue ou entendue.
Chacun est invité à venir à l’atelier avec une telle phrase qu’il aura remarquée au cours des jours séparant deux ateliers. Les diverses phrases seront mises dans un chapeau et on tirera au sort celle qui servira de base à notre travail. Celui-ci consistera moins à débattre du bien fondé de la phrase en question qu’essayer de mettre à jour les conditions qui rendent possible le sens de la phrase, celui que son auteur a voulu mettre, si on le connait, et celui que nous lui reconnaissons. En quelque sorte mettre à jour le cadre conceptuel sous-jacent à une telle phrase, les présupposés, toujours non-dits, qui rendent cette phrase possible dans la bouche de quelqu’un, et qui fait que nous lui reconnaissons un sens.
C’est le procédé que nous pratiquions lors des premiers ateliers philo en 2001 ( hé oui, ça date de cette époque !). La première fois, nous  nous étions attaqués à cette phrase entendue dans le tram par l’une d’entre nous, à propos d’un jeune qui avait eu un problème ( je ne me souviens plus duquel ) : « il l’a bien mérité ! » Et cette phrase nous avait occupé plusieurs mois. Nous appelions alors pompeusement cette pratique, « faire l’archéologie du sens », mettre à jour en dessous de la surface des choses, ce qui les rend possible et les soutient.

3)    Une première phrase a été proposée à titre d’exemple, mais elle  sera elle aussi mise dans le chapeau au prochain atelier: « Je pense : je suis Charlie ! » Cette procédure afin de redonner au débat entre nous une certaine spontanéité qui a peut-être disparue…

   

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Le 27/01/2015 :

            Voir dans la formule « liberté, égalité, fraternité » la formule de trois valeurs universelles, c'est oublié les conditions historiques dans lesquelles elles ont été formulées ; Nous sommes dans le processus de la révolution française de 1789, par lequel une classe est en train de structurer son pouvoir au niveau de la société globale, en remplacement de l’ancienne féodalité. Avec l’avènement de la classe des bourgeois liée au commerce et à la production de marchandises, le système capitaliste est en train de s’établir et se renforcer. Dès lors ces trois valeurs peuvent plutôt être considérées comme trois valeurs idéologiques par les quelles le nouveau pouvoir est en train de s’organiser et sur le plan idéologique précisément de donner de sa domination une justification. Celle-ci, comme toute représentation idéologique, à la fois désigne un aspect de la réalité, mais en en masquant la véritable portée. Liberté, oui, le nouveau pouvoir a libéré l’individu de tous ses liens anciens ; il n’est plus en particulier le sujet de qui que ce soit d’autre que lui-même, devenu citoyen au milieu d’autres citoyens avec lesquels il peut contracter librement, en toute égalité. Y compris avec son employeur, contrat de deux citoyens libres et égaux en droit, sinon en fait, citoyens qui n’ont pas entre eux de rapports d’aliénation ni d’exploitation, car participant tous les deux, en poursuivant la satisfaction égoïste de leurs intérêts individuels, selon le présupposé anthropologique du nouveau système libéral, à la satisfaction des besoins de la société entière; en définitive le monde nouveau est moins un monde où  une classe sociale organise son pouvoir sur l’ensemble de la société, en fonction des possibilités que sa richesse lui ont donné, qu’un monde fraternel où les individus libres et égaux participent ensemble à un même projet. Liberté, Egalité, Fraternité.


Le 27/01/2015 :


            Une opinion est une affirmation qui n’indique  ni ses conditions de validité ni ses conditions de formulation.
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 Le 03/01/2015 :

« Que faire ? », éditions du seuil : ce livre  est la reprise d’un interview réalisé par la revue « Philosophie Magazine ». D’où un style presque oral qui en rend la lecture assez facile.
            Cet interview comporte deux parties. La première concerne la façon dont chacun de ces deux philosophes analysent l’expérience soviétique. Tous les deux sont très critiques par rapport à cette expérience. Mais alors que Badiou voit en elle une trahison  de ce qu’il appelle « l’idée communiste », Gauchet y voit au contraire la conséquence inéluctable des théories de Marx.
            Cette première partie est importante car elle détermine en quelque sorte le contenu de la seconde qui porte sur l’impasse vers laquelle semblent se diriger nos sociétés démocratiques, impasse que tous les deux reconnaissent, et sur la façon d’y remédier. Pour Badiou, la seule alternative crédible réside précisément dans « l’ idée communiste », alors que pour Gauchet celle-ci ne peut aboutier qu’à une nouvelle bureaucratie comme cela     s’est produit en Union Soviétique. Pour lui nos sociétés démocratiques ont en elles-mêmes les éléments nécessaires à la solution de leurs problèmes actuels. Badiou voit dans cette position au contraire un angélisme très naïf. Entre nos démocraties et le système capitaliste il y a convergence. Et il est illusoire d’espérer quez les détenteurs du pouvoir, dans notre système économique, abandonnent par souci moral leurs propres privilèges.

            Outre l’intérêt de toutes ces réflexions, ce livre est aussi intéressant par la façon dont il met en scène un dialogue sans concession entre deux philosophes.

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Le 16/12/2014 :

La vie sociale de notre société est en réalité déterminée par le calendrier de la religion chrétienne, tout en se réclamant de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, non de la séparation de l’Eglise et de la société civile. Ainsi, dans le débat sur le travail du dimanche, qu’est-ce qui fait du dimanche un jour particulier où en principe on ne devrait pas travailler et où si on le fait on est parfois payé double ? qu’en est-il pour un juif ou un musulman qui travaille le samedi ? Qu’en est-il des jours fériés qui correspondent parfois aux fêtes de la religion chrétienne, non aux fêtes des autres religions ? Une telle organisation est-elle viable à long terme dans une structure sociale qui devient de plus en plus multi-culturelle ?

Le 16/12/2014 :


Une rémunération n’est pas forcément un salaire donnant lieu à 

charges sociales et payant non le travail du travailleur, qui dans 

le cadre de l’emploi salarié actuel ne lui appartient pas, mais sa 

force de travail. Dans le cadre d’une prestation fournie par un 

entrepreneur (auto ou non d’ailleurs), ce qui est payé là, par 

contre, est bien le travail fourni, et cela donne lieu à une TVA , 

non à des charges sociales. Dans ce cadre comment est évalué ce 

travail. Quel est sa valeur ; ensuite son rapport avec son prix ; et 

encore son rapport avec la sur-value nécessaire au 

fonctionnement du système. Autant de questions auxquelles il 

faudrait pouvoir répondre actuellement. 


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Le 08/12/2014 :


Reçu de la part de neurocercle, et à relier au problème du libre-arbitre :

"Le futur n'est pas le résultat de choix parmi plusieurs chemins différents offerts par le présent, mais un endroit qui est créé, d'abord dans l'esprit et la volonté, et ensuite dans l'activité.
 Le futur n'est pas un endroit où nous allons mais un lieu que nous créons. 
Les chemins ne sont pas à trouver mais à construire; et cette activité change à la fois celui qui la produit et la destination."

Johne Schaar



Le 24/11/2014 :
Ce soir, atelier philo sur le thème : « ce qui est devait-il être ? ».On pourrait se poser d’abord l’intérêt de la question si le présupposé sous-jacent à  la réponse que l’on y fait  – quelle qu’elle soit d’ailleurs – ne nous amenait pas aux diverses conceptions de la liberté. En bref, ce présupposé consiste en ce que l’on oppose le déterminisme et la liberté. Si mes actes sont totalement déterminés – ce qui est devait être – ma volonté et mes décisions ne sont pas libres ; ces dernières ne peuvent être autres que ce quelles sont ou ont été.
  Ma liberté en effet alors réside dans cette capacité de vouloir ou de ne pas vouloir accomplir tel acte. Il s’agit de ce qu’on appelle le libre-arbitre, dont on sait qu’il fut inventé par Saint Augustin pour dédouaner Dieu de l’existence du mal dans ce monde. Mais outre qu’en dehors du sentiment que je puisse avoir de posséder cette capacité et outre la façon dont jepeux savoir que mes décisions auraient pu être autres que ce qu’elles ont été, d’où vient cette capacité ? Est-elle issue du processus évolutif ou vient-elle d’ailleurs ? D’où et comment ?

 Alors je ne suis pas libre ? Au sens du libre-arbitre, non. Mais ma liberté ne réside-t-elle pas plutôt dans le rapport que je peux entretenir avec l’acte que je pose, que celui-ci soit déterminé ou non. Je suis libre si cet acte est l’expression la plus totale possible de ma personnalité, riche de toutes ses déterminations qui en tant que telles ne s’opposent pas par principe à leur manifestation dans un acte précis. Elles ne s’y expriment pas si mon acte est commandité par autrui dans des conditions telles qu’elles ne sont précisément pas prises en compte. Mon acte est alors un acte aliéné.

(extrait de l'article"des lois de la nature au libre- arbitre")  :                          En effet, quand l'homme revendique sa liberté, au point de mourir pour elle, que revendique-t-il? Son libre-arbitre? C'est à dire la possibilité de faire ou ne pas faire ce qu'il entreprend? Ce que Bergson appelle une illusion rétrospective...(cf."Essai sur les données immédiates de la conscience" pp125-130) Ou plus simplement la possibilité de réaliser ce à quoi lui-même aspire, quand bien même cela serait déterminé, et non ce que lui permet de faire celui ou ceux qui exercent sur lui leur pouvoir; ainsi la liberté, et non le libre-arbitre, toujours selon Bergson,(cf. ouvrage cité pp132-137) réside moins dans la possibilité de faire ou ne pas faire ce que j'entreprends, que dans le rapport que je peux entretenir avec ce que je fait: puis-je ou non en revendiquer la totale paternité, c'est à dire la correspondance avec mes aspirations les plus personnelles.                                     __________________________ 


Le 24/11/2014 :

Actuellement le problème est de savoir à qui s’adresser ; où sont les prolétaires, au sens précis de Marx ? Comment développer cette conscience de classe indispensable à leur fonction révolutionnaire ? A quels alliés s’adresser également ? Toutes questions auxquelles nous manquons actuellement de réponses.

Par ailleurs on peut distinguer l’exploitation du prolétaire et sa domination…L’exploitation est ce que Marx analyse à propos de l’appropriation de la sur-value, rendue possible par l’appropriation privée des moyens de production. Il pointe l’existence de la domination du prolétaire qui réside principalement dans le mode de vie qui en fin de compte lui est imposée, de par ses conditions de travail, et par laquelle, soit en les acceptant, soit en les contestant, il intègre les valeurs idéologiques de la bourgeoisie. Il y a là peut-être un élément de réponse à l’échec d’organiser une appropriation - gestion collective des moyens de production et de la sur-value. Marx à ce niveau ne nous est plus d’une grande aide, et c’est peut-être vers Foucault qu’il serait utile de se tourner. 
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Le 23/11/2014 :

Il est fréquent de rencontrer cette objection à Marx consistant à nier le caractère déterminant dans l’évolution des sociétés de ce que l’on appelle « l’économique ». Comme si Marx avait quelquefois réduit l’homme à un être dénué de conscience et considéré celle-ci comme sans importance dans tout processus humain. Marx indique par contre que cette conscience effectivement n’est pas première chez l’homme, et qu’elle va peu à peu se construire, qu’il lui faut peu à peu se construire si l’homme veut imposer sa marque à la nature qui l’environne. Mais l’homme est d’abord un animal déterminé par les besoins de son espèce ; et la façon dont individuellement et collectivement il s’organise pour gérer la satisfaction de ses besoins, voilà ce qui constitue à proprement parler l’économique. Et pour Marx effectivement c’est cette instance qui détermine l’évolution sociale. Mais les besoins de l’homme débordent très vite les besoins limités de sa prime animalité et c’est là qu’entrent en jeu de nouvelles instances de structuration sociale, dont l’instance idéologique et l’instance politique sont les principales. Celles-ci sont effectivement déterminées dans leur contenu par le niveau atteint de l’instance économique, mais elles vont ensuite interférer avec elle de telle sorte que si elles ne sont jamais déterminantes, elles peuvent à un moment historique donné devenir dominantes et leur évolution revêtir une importance première. C’est cette distinction entre le caractère dominant d’une instance et le caractère déterminant de l’instance économique que beaucoup occultent par ignorance, caricaturant ainsi la pensée de Marx.
Ainsi, la place objective du prolétaire dans le processus de production ne suffit pas à faire de lui un révolutionnaire ; il lui faut en outre acquérir une conscience de classe, comme membre d’une classe porteuse des intérêts en devenir de la société et appelée à en être l’élément dirigeant. C'est là un élément idéologique dont la formation à un moment donné peut être d'une importance capitale, qui fait alors de l'instance idéologique l'instance dominante de la structure sociale.

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Le 14/09/2014 :
Ce que tu me dis de ce que dit Freud me gène : j'observe personnellement que quand l'on est bien 'plongé' dans la méditation, c'est un oeil vraiment neuf qui regarde les choses, que les pensées pleines de conditionnement (y compris les visons oniriques) nous apparaissent étrangères, et que l'on  peut y voir effectivement tout un tas de traces de notre passé, proche ou lointain. J'en conclue que cette conscience n'est pas polluée par nos conditionnements, aussi bizarre que cela puisse paraître à notre conditionnement.

++
Stéphane

Je ne parle pas de pollution, il faudrait savoir ce que c'est qu'une conscience pure; or pour moi tout ceci n'existe que par mon corps dont les diverses possibilités sont le résultat  relatif à un processus évolutif, qui fait que mon oeil n'est pas un oeil de mouche ni un oeil de chaimpanzé, que mon cerveau n'est pas un cerveau de chien, ni un cerveau de bonobos, que mes états mentaux ne sont pas non plus ceux d'une mouche (si elle en a) ni ceux  d'un éléphant, que ma conscience n'est pas non plus celle d'un rhinocéros, ni celle d'un dauphin, qu'elle n'est donc pas vierge de toute préformation, que l'on mette  dans ce terme des données diverses ne la pollue pas mais lui permet d'être ce qu'elle est; même si tu arrivais à avoir un oeil vraiment neuf , il serait bien constitué d'une certaine façon et non d'une autre qui fait de lui l'oeil apparaissant neuf de stéphane, et rien ne t'autorise à dire ou à vouloir qu'il soit identique au mien...

Bernard


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Le 13/10/2014

Stéphane m’a envoyé une vidéo – un cours sur la pratique de la méditation – que je trouve très clair et très intéressant ; je me demande dans quelle mesure cela ne correspond pas à ce que très classiquement la pratique de l’introspection permettait. Il reste que la conscience que j’ai d’une chose me renseigne d’abord – sinon seulement – sur …la conscience que j’en ai…Peut-on en rester là ?

J'en ai bien l'intention ;-)

>
Bonne journée,

>
Stéphane

bonjour,
sans aucun doute, là, nous différons; il me parait difficile de ne pas tenir compte de Freud qui nous dit que notre conscience n'est jamais vierge de présupposés et qu'elle nous livre au bout du compte un ensemble qui n'est pas dénué- c'est le moins qu'on puisse dire- de ce qui y a été mis par divers facteurs: la structure sociale et son idéologie, le langage et ses grilles de perception, ma propre énergie vitale lourde de mes désirs et de mes besoins...Tout ceci nous amène à prendre ce que nous révèle la conscience comme un élément - parmi d'autres- de connaissance, non comme « la » connaissance.


 A plus…
Bernard.




> >

Nous ne divergeons pas tant que ça puisque je suis d'accord sur "conscience comme un élément - parmi d'autres- de connaissance, non comme"la" connaissance." disons qu'elle n'est pas sémantique. Maintenant que que Freud dit ...Stéphane
oui, ce que Freud dit? Faut - il ne pas en tenir compte? 
à plus?
Bernard.

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Le 30/09/2014 :


         Il est étrange de constater que l’idée selon laquelle « l’idée d’une chose et la chose elle-même soient identiques » se présente aussi bien chez les physiciens confirmés (les modèles théoriques que nous utilisons pour parler du réel sont l’expression du réel lui-même) que chez les apprentis philosophes. Encore que ceux-ci vont encore plus loin dans la confusion ; « si tout est représentation, alors je ne peux dissocier la chose de l’idée que je me fais de la chose…Donc pour moi l’idée de dieu c’est dieu… » écrit ainsi Laurent dans son topo introductif à la réflexion de ce soir sur « Dieu ». Comment peut-on affirmer une telle proposition qui n’a aucune justification théorique et que la vie courante contredit sans arrêt ? Pour moi une pensée juste est une pensée que je peux appliquer. Or l’idée de mon repas n’est pas mon repas …l’idée de ce que je veux faire n’est pas mon action , etc…


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    Le 30/09/2014 :

« Le Nazisme et la philosophie » : c’était le thème de la conférence hier soir à la maison des associations, organisée par la Société alpine de philosophie, avec l’intervention de Monsieur Pierre CELLIER. L’impression qui ressort de toutes les analyses sur le phénomène nazi, y compris celle d’Hanna Arendt, est qu’elles manquent un peu de « chair », concernant un phénomène à la source de tant de morts. Il n’est pratiquement jamais question des « intérêts » que le nazisme servait ; Qui avait intérêt à son expression, son développement, ses mises œuvre ? Qui, quelles forces, psychologiques, idéologiques, politiques, économiques, l’a aidé dans ses entreprises ? La réponse à ces questions permettrait peut-être de redonner de la vigueur à un mouvement qui en avait, et qui ne peut se réduire à la folie d’un homme, à la manipulation de tout un pays, encore moins à une contradiction logique dans le déroulement de l’avènement de la Raison.

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le 27/08/2014 :


Nous allons reprendre, le 2 septembre, notre activité de l’atelier

 philo. Que pouvons-nous en attendre ? En ce qui me concerne, 


l’atelier philo est un des rares lieux où il nous est donné, tout en 


pratiquant nous-mêmes un débat entre nous – c’est en forgeant 


que l’on devient forgeron -  d’apprendre précisément à débattre 


publiquement et à éviter les écueils souvent liés à cette pratique. 


L’importance du débat public ne saurait être minimisée dans une 


démocratie qui normalement repose sur son existence. Mais


 il nous faut reconnaître que réellement, le débat public est une


 donnée rare.


Qu’apprenons- nous donc dans cette pratique ?

- à réfléchir personnellement sur un thème donné ;

- à essayer d’exprimer le plus clairement possible nos idées ;

- à accepter les critiques, ne pas les prendre pour des attaques

 personnelles et essayer d’en tenir compte ;


- à écouter les autres,  et saisir la problématique qui sous-tend

 leur intervention ;


- interroger l’intervenant lorsque nous n’avons pas compris ce

 qu’il a dit ;


- tenir compte de son intervention lors de notre prise de parole

 ultérieure ;


- viser moins le consensus que la compréhension la plus correcte

 possible des positions mutuelles ;


- enfin ne pas monopoliser le débat et éviter de toujours dire la


même chose ;


Dans cette perspective, tout en ayant son importance propre,

 le thème, que nous allons choisir pour nos travaux, doit être le


 support possible d’une telle pratique.    




       Le 29/07/2014 :

     On pourrait dire que seuls "travaillent" les propriétaires des  processus de production et de la  richesse produite;les soi -    disant « travailleurs » ne font qu’exercer des emplois qui ont été vidés des caractéristiques propres à tout travail « humain » : la  détermination de son objet et des conditions de sa  production ; la   propriété de ce qui est alors son « œuvre ».

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    Le 29/07/2014 :

  Tout travail demande à ce que soit identifiée la façon dont sont         déterminées la nature de son objet et sa finalité, ainsi que la façon  dont est déterminée la propriété de cet objet. Autrement dit,  comment la richesse sociale est-elle produite et comment est  organisée cette production ; et comment est-elle ensuite  appropriée, et éventuellement distribuée au sein de la structure  sociale ? Peut- on dissocier ces deux données ? C'est-à-dire, peut-  on s’attaquer à la façon dont la richesse est distribuée, sans    s’attaquer en même temps à la façon dont elle est produite ? Il  semble que la gauche classique prétend pouvoir s’attaquer aux  « inégalités sociales » sans pouvoir/vouloir se donner les moyens  d’intervenir au niveau de la façon dont la richesse sociale est  produite.
                                       
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Le 15/07/2014:
Mes décisions résultent d'un compromis entre mes motivations et le sentiment que j'ai de ce qu'il m'est possible ou nécessaire d'envisager de faire. Que mes motivations soient déterminées n'est pas un obstacle à ma liberté, dès lors que que je ne pense pas celle-ci en termes de libre-arbitre. Par contre s'y oppose les divers empêchements, eux mêmes déterminés, qui rendent impossible la réalisation de mes souhaits et de mes aspirations; ces divers empêchements peuvent relever aussi bien de la sphère politique, idéologique, psychologique que physiologique.
Mais ils n'interfèrent en rien sur le plan soi-disant métaphysique de la liberté.

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Le 01/07/2014:


                               1) Réparation :    
          
                                                                              Prison 
                                                                                                           
                                                        - Isolement:   Hopital 

                                                                            Bracelet                               
La sanction sociale : 2)Prévention         
                                  de la récidive: - Rééducation: Centre                                                                                                      spécialisé                                                                                              Autre contexte                                                                                                                                                                                    - Dissuasion ?                                                                
                                   3)Punition ?                                                                                                                             

                                                                                               
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Le 21/06/2014
Dans quelle mesure le travail humain est-il nécessaire à la production de plus value récupérable par l’employeur ? Qu’en    serait-il d’une production faite uniquement par des robots, eux-mêmes fabriqués par des robots ?  mais conçus par qui?
Ou est-ce le rapport de propriété qui empêche que l’augmentation de la productivité du travail humain ne se traduise par une diminution du temps de travail  socialement nécessaire ?


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    Le 10/06/2014

mon éprouvé d’agent et d’auteur, je connais. Mais je me demande si des données extérieures (objectives), dues aux neurosciences par exemple, confirment ou infirment la validité de ces « sensations ».
Parmi ces sensations :
Le sentiment d’être l’auteur de mes pensées (en général), de mes actes et de mes jugements (je remplace liberté « intérieure » par « être l’auteur »)(C .M. 21/15/14)
j’aimerais qu’on distinguât une liberté « extérieure » pour lesquels ces personnes ont lutté et une liberté intérieure discutée et différente du libre-arbitre)(C.M. 21/05/14)


Pour peut-être éclairer le problème qui est ici énoncé, quelques remarques : 1) comme je l’ai formulé ailleurs, si entre le libre-arbitre et le déterminisme, il y a bien incompatibilité, il n’en est pas toujours de même entre certaine conceptions de la liberté (autre que celle du libre-arbitre) et le déterminisme. 2) Etre l’auteur d’un processus et en être la source n’est peut-être pas la même chose. Par métaphore, une source est-elle l’auteur de l’eau qui coule ? C’est bien à la source que l’on s’abreuve, mais l’eau vient d’ailleurs et parfois de très loin, mais elle abouti là suite aux divers conditionnements qui l’orientent ainsi…liés à la complexion des divers terrains qu’elle traverse. 3) l’homme, doué de  cette sensation d’être l’auteur des divers actes mentaux dont il a le privilège, en-est-il en même temps la source ? Autrement dit, c’est bien sûr moi qui exprime telle pensée, ou décide tel acte, mais quelle est l’origine de ces pensées et de cette décision. L’une comme l’autre ont sans doute leur origine dans l’espèce de chassé-croisé entre les conditionnements externes (en particulier sociaux) qui s’exercent sur moi et les conditionnements internes issus de mon histoire et des retours que ceux-ci exercent sur l’importance accordée aux premiers. Aller et retour tel qu’il est vain de vouloir faire la part, au moment « t » de la décision ou de l’expression, de ce qui ressort de l’extérieur ou de l’intérieur. En ce sens, « mes » pensées ne trouvent  jamais simplement ni totalement leur origine en moi. Je n’en suis pas le seul auteur. 4) Et en ce sens le problème de ma liberté intérieure ne peut pas se poser en termes de présence ou non de déterminismes, mais d’une autre façon.  Le déterminisme est en effet un concept qui régit ou prétend régir l’apparition des phénomènes ; Dans cette perspective, la liberté est un concept qui ne situe pas à ce niveau mais qui  exprime le rapport subjectif que je peux entretenir entre les idées ou les actes que « je » pose. Si j’en suis la source, à défaut d’en être l’auteur intégral, ils sont miens, quand bien même je ne pourrais faire autrement que les poser ou les exposer.    

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Le 03/06/2014 :

« faire réagir les philosophes afin de dépoussiérer certains de leurs concepts vieillots … » est une phrase qui doit faire merveille dans les conversations mondaines des philosophes grenoblois, mais que nous donne-t-elle réellement à penser ? encore une fois de quels concepts s’agit-il ? pensés comme tel par quel philosophe ? Qu’est-ce que « dépoussiérer » ? En quoi consiste cette opération ? Qui s’effectue selon quelle méthode ? Et dont on peut juger du résultat selon quels critères ? La possibilité de répondre à ces questions est-elle un préalable à la pertinence de l’opération elle-même? Ou dois-je faire ce que me propose Wittgenstein : « Ce que je ne peux (sais) pas dire, il faut le taire » ( fin du tractatus)

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    Le 30/05/2014 :

A propos du libre-arbitre et de la liberté… Ces deux concepts ne sont pas identiques ; ainsi, pour un grec classique le premier concept d’une part n’existe pas et n’aurait d’ailleurs aucun sens ; par contre il y a bien une distinction entre les hommes libres et ceux qui ne le sont pas. La raison en est que contrairement à notre manière courante d’aborder ces questions, l’opposition entre déterminisme et liberté n’a pas toujours existé ; être libre ne veut pas dire que mes décisions ne sont pas déterminées, mais seulement qu’elles ne résultent que des déterminations, à la fois internes et externes, dont je suis l’objet, et ne sont pas dépendantes d’une décision d’autrui. Le concept de liberté, pour un grec, est d’abord un concept politique avant d’être un concept philosophique.
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Le 12/05/2014 :

Demain soir, atelier philo sur le thème : « la pensée et le temps » ; ci- après la présentation du thème par BRAHIM qui  l’avait proposé :

La pensée et le temps
Je perçois le concept comme une torche qui permet d’éclairer des recoins sombres du tableau du monde. Or la pensée et le temps sont parmi les concepts les plus ardents de la philosophie. Que puis-je donc voir avec deux torches en même temps?
Je me suis d’abord tourné vers les sciences de la nature dans l’espoir de voir enfin ce fameux temps invisible. Car depuis que Newton l’a dompté sur un chemin rectiligne, tout le monde a cru que le voile intégral sur le tableau du monde a enfin été levé. A ma grande surprise, j’apprends en tendant l’oreille à ce qui se dit dans les congrès de la cosmologie que le temps était devenu pour eux un invité encombrant, incommodant, et qu’ils feraient mieux de s’en débarrasser le plus tôt possible et tant qu’à faire de l’espace aussi (C. Roveli, "Et si le temps n’existait pas", Dunod 2012). Au niveau fondamental, pour certains physiciens le temps et l’espace ne semblent plus nécessaires (j’en connais un qui doit se retourner dans sa tombe).
Ainsi, je suis reparti triste et frustré en me disant que la science ne pense peut-être pas en effet !
Il me reste donc à éprouver la philosophie, que peut-elle penser du temps ? En guise de matière à penser, j’ai mis en correspondance sur le tableau suivant quelques similitudes et différences entre la pensée et le temps:
          La pensée                                                                  Le temps
La pensée a besoin du temps (sauf dans les rêves?)Le temps n’a pas besoin de la pensée
La pensée est-elle réversible ?                                Le temps est irréversible
La pensée spatialise                                               Le temps se spatialise
La pensée transcende le temps                               Le temps transcende-t-il la pensée ?
On n’arrête pas la pensée                                      Le temps non plus
La pensée est verticale                                           Le temps est horizontal
La pensée a une histoire                                         Le temps a-t-il une histoire ?
La pensée vieillit…                                                 Le temps reste jeune…

Aussi, pour décrire le lien fort entre la pensée et le temps, l’image qui me vient à l’esprit est celle d’une onde qui définit une temporalité, une pulsation pour être précis. Pour illustrer cette idée, j’ai esquissé un schéma qui met à plat cette image (un schéma permet de transcender l’imaginaire). Avant d’être je n’étais même pas une «chose mentionnable», après être je disparaitrai du langage, et entre être et non-être la pensée se déploie dans des temporalités pulsées par le rythme du monde et des autres.

Brahim
                                                                          Pulsations de l’être
                                               Horizon du monde
Pensée:    Avant l’être               temporalité          Après l’être                                                                    Horizon du langage                                                                                                                                   temps

  Quelques remarques :           
1) Que la science remette en cause la façon dont jusqu’à présent la question du « temps » était abordée et analysée ne peut en aucun cas être la manifestation que la science ne pense pas, mais bien au contraire qu’elle pense et qu’elle est capable de remettre en question ses propres conclusions.
2) le « temps » est-il une réalité en lui-même ou d’abord une façon que nous avons de parler de phénomènes que nous observons et dont  nous essayons ainsi de rendre compte ? Quels sont ces phénomènes sinon le fait pour tout être d’apparaître, se développer, et disparaître, selon un rythme propre à chaque catégorie d’être, ce qui constitue la « temporalité » de cet existant ? Seule peut-être existe réellement cette temporalité, propriété de l’existant, et non réalité à part.  Le « temps » et « l’  espace » sont en effet d’abord des outils théoriques dont l’homme s’est servi jusqu’à présent pour rendre compte de ce qu’il observait et nous avons fini par les confondre avec des réalités proprement dites, compte tenu que les éléments eux-mêmes étaient pensés par nous comme fixes et ne « bougeant » que suite à l’influence sur eux d’une cause extérieure, et en particulier du « temps » . Penser le « temps » comme la propriété pour tout être d’être « temporel », suppose au contraire que nous pensions d’abord cet être, non comme fixe, mais comme « évoluant ».
3) Cette « temporalité » a son propre rythme dépendant à la fois de la structure de l’être en question, et des influences externes ( en particulier la gravité) qui s’exercent sur lui, l’univers lui-même ayant sa propre temporalité qui me donne le sentiment que le « temps » s’impose à moi, et à tous, comme un élément extérieur. Le terme de « pulsation » utilisé par Brahim est d’ailleurs ici intéressant.
    4) Ma temporalité est donc elle-même évolutive et variable ; elle réside, en fin de compte, dans le rythme de mon acheminement vers la mort, rythme  sous l’influence constante et indissociable de causes externes et internes, dont la répartition est quasi, et peut-être même tout à fait, impossible à déterminer.
(13/05)
        5) Qu'est-ce qu'une pensée verticale? L'adjectif est-il ici pertinent? (13/05)





Le30/04/2014:


Ce qui est écrit au 16/04 est à relativiser à nos langues fonctionnant avec un langage articulé composé de mots. La langue chinoise qui fonctionne aussi avec un langage articulé ne fonctionne pas avec les mots comme éléments de base mais avec des sinogrammes. Reste à voir avec JULIEN en quoi la différence comme éléments de base entre les mots et les sino-grammes a un inflkuence sur le mode de pensée lui-même.

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Le29/04/2014:


Un individu qui serait de naissance sourd, muet et aveugle, pourrait-il développer une pensée ?

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Le26/04/2014:

« Nos paroles acquièrent leur sens du reste de nos actions. »

 (Wittgenstein, « de la certitude «229.)

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le 17/04/2014:


La conférence hier soir d’Aurélien BARREAU : cette impression de se demander de quoi finalement on parle ; du réel lui-même, dont on ira jusqu’à dire que peut-être il n’existe pas ; ou de ce que « logiquement », compte tenu de l’ensemble des représentations que j’ai déjà et qui me permettent de parler précisément de ce réel ( l’ensemble des théories scientifiques considérées actuellement comme pertinentes, corroborées expérimentalement) il me faut en outre supposer comme complément à ces théories. Si je puis dire que peut-être le réel lui-même n’existe pas, c’est que précisément, je ne peux pas déduire « logiquement » son existence, même si il m’est tout à fait impossible pratiquement de la nier. 

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le 16/04/2014:

Il est curieux de constater que si l'on admet aisément que la pensée a besoin de signes matériels pour s'expliciter elle-même et se communiquer, il est fréquent d'entendre que le langage articulé, l'utilisation des mots,  n'est qu'une manière particulière de répondre à cette nécessité, au même titre que d'autres, telles que les images ou les divers modes de l'expression artistique . Or, si il est clair que si le langage a ses limites dans l'expression de la pensée, et que celle ci, par le langage, a ses limites dans la compréhension du monde qui m'entoure, le langage articulé dont l'homme dispose semble bien rester l'outil principal, à la fois par lequel ma pensée se constitue, et celui par lequel elle se communique. Le prochain thème de réflexion de l'atelier philo (le 29 de ce mois) nous en fera peut-être la preuve: "Peut-on faire un atelier philo sans les mots?"

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le 15/04/2014:

A propos du thème qui nous occupera ce soir à l’atelier philo : « Peut-on penser sans langage ? », il convient de noter que mon premier rapport au monde qui m’entoure n’est pas un rapport cognitif, mais un rapport utilitaire dépendant de la nécessité où je me trouve pour vivre d’échanger avec mon milieu, et ce, d’abord, par la respiration. La pensée est seconde. Quel est le rapport qui unit cette activité cognitive avec le rapport initial qui ne doit rien, lui, au moins tout au départ, à la condition sociale dans laquelle j’apparais, mais qui semble dépendre quasi exclusivement, à ce niveau très primaire, de ma complexion biologique de membre d’une espèce vivante.

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le 14/04/2014:

Tout propos sur le cerveau qui ne prend pas en compte que celui ci ne peut être envisagé séparément de l'organisme dont il est un élément; que cet organisme, grâce précisément au possibilités que son cerveau lui permet, est en relation constante avec un environnement avec lequel il ne cesse d'échanger, tout propos de ce genre ne peut prétendre nous donner une information utile sur le fonctionnement de l'être humain.

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le 08/04/2014:

 On oublie que par rapport au temps géologique ramené à 12 heures, l’aventure humaine n’a commencé que vers 11 heures 59 et 20 secondes. Autant dire que si l’espèce humaine devait disparaître, encore plus une des civilisations qu’elle a réalisée, cela ne représenterait pas une perte substantielle pour l’évolution de la nature. L’homme fait preuve d’une prétention sans égale pour s’imaginer être, à l’image de Dieu, comme maître et possesseur de la nature. Sa possibilité de comprendre l’ensemble du processus qui lui a donné si tardivement naissance est déjà un présupposé audacieux ; il semble qu’il ait beaucoup plus à craindre la nature que la nature n’ait à se protéger de l’homme.

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le 05/04/2014: De l'usage des mots, ou pourquoi parler d'esprit et de spirituel pour désigner ce qui relève du mental?

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le 29/03/2014:  la conscience? réalité ou processus?"

                          C'est le thème sur lequel nous aurons à réfléchir au prochain atelier philo, mardi prochain. L'énoncé du thème semble faire de la conscience  "quelque chose", une réalité quasi substantielle... Or qu'est-ce qui existe réellement  en dehors d'un processus cérébral qui rend conscientes certaines perceptions et certaines représentations issues de ces perceptions? Les conditions d'élaboration d'un tel processus peuvent être étudiées, mais il ne s'agit pas de repérer comme un organe psychique que l'on appellerait la conscience. En ce sens, on pourrait dire que la conscience n'existe pas, mais qu'il y a des processus cérébraux qui rendent conscients certains comportements humains, alors que beaucoup demeurent inconscients

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le 18/03/2014:

                             Qu’est-ce qu’un être humain ? Un organisme vivant complexe, en interaction constante avec son environnement ; d’où il reçoit quantité d’informations par le biais de ses sens ; il est,  par contre, de par l’évolution de son espèce, doté de la capacité de transformer ces informations en représentations exprimables dans des discours ou des écrits qui le font ainsi intervenir, interagir, dans le champ social dit culturel, lui-même élément de cet environnement ; il y est  un jour apparu en tant qu’individu, s’est développé, a participé d’une manière ou d’une autre , par sa propre histoire, à son histoire, et un jour va disparaitre, ne laissant derrière lui que des traces, dans la mémoire de ceux qui se souviendront de lui, ou dans les œuvres qu’il lui aura été donné de produire.  
                 
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le 17/03/2014: pensée et action

                             Quand on parle des rapports entre nos pensées et nos actions, nous envisageons la plupart du temps le fait que nos actions doivent être de préférence en conformité avec nos idées. Je pense que l'on peut aussi envisager leur rapports dans un autre sens. En quoi ce que je fais, la façon dont je vis influence et peut-être détermine ce que je puis penser. Puis-je en quelque sorte penser indépendamment de la façon dont mon histoire, jour après jour, se constitue, et entre autres de la façon dont cette histoire je l'exprime, avec quels termes, selon quelles expressions, elles-mêmes porteuse de toute une histoire ( cf. plus bas, éphéméride du 1er mars). Et dont elle se constitue en relation avec tout ce qui m'environne.

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le 14/03/2014: L'émergence.

                             Le concept d'émergence permet de rendre compte de la multiplicité et de la spécificité des phénomènes humains ( actes mentaux aussi bien qu'actes physiques) sans avoir recours à d'autre principe explicatif que celui qui prévaut dans la compréhension du processus évolutif lui-même. Ce principe est-il la "matière"? ou "l'esprit"? Ou quelque chose qui ne correspond ni à ce que nous entendons par la "matière" ni à ce que nous comprenons par "l'esprit"? Est-ce un simple problème de terme ( le mot nous manque )? ou un problème plus directement lié à la structure du langage, qui ne peut exprimer l'unité autrement que de façon disjonctive? Est-ce un problème lié aux outils théoriques dont nous disposons, hérités d'une longue tradition dualiste? Ou enfin est-ce un problème lié au fait que, partie d'un tout que je cherche à comprendre, rien ne m'assure que je puisse réellement y parvenir?

 Je suis en effet, en interaction constante nécessaire avec ce monde dont je ne suis qu'un élément. En sorte que le point de vue cognitif de mon rapport à lui est toujours en correspondance avec d'autres points de vue, dont le point de vue utilitaire. Cela obère peut-être ma capacité à parvenir à une réelle compréhension du monde. A débattre...( rajout du 18/03/2014)

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le 11/03/2014: une pensée juste

                     Une pensée juste n'est pas plus une pensée sur la justice qu'une pensée équilibrée n'est une pensée sur l'équilibre. Comment caractériser une pensée juste? Il s'agit ici plus de justesse que de justice; en quelque sorte une pensée ajustée, mais ajustée à quoi? Peut-être à la prise en compte effective dans la pensée elle-même des conditions de possibilités de l'assumation de la dimension pratique, quasi existentielle, des divers tenants et aboutissants des niveau variés inhérents à toute pensée( cf. éphéméride du 1er mars, plus bas) : le niveau théorique bien sûr, cognitif, idéologique, philosophique, mais aussi le niveau affectif, le niveau informatif, le niveau social et politique. En sorte que deux pensée au contenu identique peuvent ne pas avoir le même caractère de juste, dans la mesure où l'une en demeurerait sur le plan abstrait sans considérer ou prendre en compte sa dimension existentielle

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le 03 /03/ 2014:

                    Demain soir, atelier philo sur le thème : esclave? oui ou non, plus ou moins, et de qui ou de quoi?

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le 1er mars 2014:  dimension sociale des mots

                 Le sens d'un mot est inséparable de l'usage qui en a été fait au cours de l'histoire et de celui que je m'apprête à en faire; l'utiliser m'inscrit dans un système de relations sociales que j'assume ou non, mais qui continue de coller au mot lui-même. Son sens véritable déborde de beaucoup la signification abstraite, logique qui lui est attachée. Il possède une dimension pratique, éthique incontournable Ce sera la conviction de Wittgenstein après le Tractatus.

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le 25/02/2014: Wittgenstein

Wittgenstein va d’abord chercher à conformer le langage à la rationalité logique, seule source possible de certitude dans le contexte intellectuel où il évolue ; puis il renversera en quelque sorte le processus, en partant du « langage ordinaire », en essayant de décrypter ce que celui-ci nous montre du réel ; il ne s’agit plus ici de certitude, mais de connaissances , dont le degré de vérité est inéluctablement relatif à leur conditions – à la fois technologiques et conceptuelles - de fabrication.

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le 25/02/2014: Wittgenstein
                        
Du langage, comme manifestation de la rationalité logique, seule source possible de certitude, au langage, manifestation de la vie, seule source, non de certitudes, mais de connaissances ; ou du premier au second Wittgenstein.

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le 20/02/2014: Penser par soi même c'est penser comme tout le                                monde

               "Penser par soi-même " est une revendication trop commune pour ne pas être suspectée de ne rien devoir à la singularité de celui qui s'en prévaut, et qui, en l'occurrence, le fait penser comme tout le monde: contradiction inhérente à l'idéologie individualiste contemporaine qui donne l'illusion à chacun d'être la source de ce dont il n'est en réalité que l'usufruitier.

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le 19/02/2014:

            * Thème du prochain atelier philo ( le 4 mars ) : "esclave, oui ou non, plus ou moins, mais de qui ou de quoi?

             *   L'image d'un jugement dernier sur une existence passée ne correspond plus guère à notre sensibilité contemporaine; par contre celle d'un rappel: c'est à toi de donner un sens à ta vie, qu'en fais-tu? nous parait plus conforme à notre représentation de notre existence.

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le 16/02/2014: 

Sans doute, l'analyse du processus de la décision est-elle indispensable pour essayer de clarifier la notion de libre-arbitre; pour cela Jeannerod peut nous être d'une grande aide avec son "Le cerveau volontaire", qu'il conviendrait peut-être de réétudier.

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le 15/02/2014:

"L'erreur consiste ici à confondre le mouvement et la trajectoire du mouvement; celle ci peut se diviser en moitié et en moitié de moitié, mais cela n'a plus cours en ce qui concerne l'acte qui effectue le mouvement lui-même. Il peut être multiple si la distance est longue, mais il est toujours indivisible à défaut d'être un autre acte, d'un autre mouvement.("je ne comprends pas cette phrase", Cl.Marti le 14/02/2014)."

Soit une distance de 5 mètres entre deux points A et B; j'invite mon petit-fils à parcourir cette distance avec moi. Je fais des pas de 80 centimètres; il me faudra donc 7 pas pour parcourir cette distance que je vais d'ailleurs dépasser de 60 centimètres. En effet, ou je fais 6 pas de 80 cms plus un autre pas de 20 cms, ou je fais 7 pas de 80 cms et alors je dépasse le point B. Mes deux mouvements ici ne sont pas identiques : un pas de 20 cms n'est pas la même chose qu'un pas de 80 cms . Comme il me faut 1 seconde pour faire deux pas, il me faudra un peu plus de 3 secondes pour parcourir la distance.

Mon petit-fils, lui, fait des pas 50 cms. Il lui en faudra donc 10 pour parcourir la distance. Mais comme il fait 4 pas par seconde, il ne lui faudra que 2 secondes et demi pour passer de A à B. 


Ainsi, en ce qui concerne les mouvements de mon petit-fils et de moi-même, rien n'est identique; alors que distance parcourue, elle, reste la même. Les calculs et divisions que je peux faire à partir du mouvement de mon petit-fils ou de moi-même ne correspondent pas aux calculs et divisions que je peux opérer sur la distance parcourue, sur la trajectoire. (Bernard le 15/02/2014).



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le 11/02/2014:

            Nous semblons plus préoccupés par le fait de savoir si notre pensée est libre, que par le fait de savoir si elle est juste. Mais qu'est-ce qu'une pensée  juste. La liberté de la pensée est-elle une condition nécessaire à l'élaboration d'une pensée juste?

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le 10/02/2014:

             On a opposé détermination et influence; cette opposition , à mon avis, ne concerne que le degré de force de l'influence  qui peut être déterminante. Par contre une influence, même déterminante, n'est pas forcément une contrainte.

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le 09/02/2014:
                    diverses perspectives :
              "le devoir de tout combattant est de se maintenir en état de combattre..." (Mao-Tsé-Toung).
            le rêve du combattant grec : mourir en héros, avec ses armes, au milieu d'ennemis impuissants, en pleine gloire, pour la postérité...tel un dieu.

le 08/02/2014:

               Il ne suffit pas de s'opposer pour combattre; ou le mythe d'Antigone...

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le 04/02/2014:

"Peut-on entraver la liberté de penser?"
C'est le thème sur lequel ce soir, à l'atelier philo., nous essaierons de réfléchir. Il repose sur un présupposé : que la liberté de penser existe. C'est un présupposé qui mérite d'être interrogé. Si l'on entend par liberté de penser la liberté d'exprimer ses pensées, le problème, au moins dans nos sociétés est relativement simple. Il se complique déjà si l'on entend par là que je ne suis pas normalement inquiété ( par qui? les diverses instances de pouvoir allant de la police, la justice, jusqu'à l'opinion de mes voisins ou de mes proches? ) pour ce que je pense. Il se complique tout à fait si l'on veut dire enfin que ma pensée est libre, et que je puis penser ce que je veux. En effet, puis-je penser ce que je veux, ou mes pensées s'imposent-elles à moi? Suis-je l'auteur de mes propres pensées et puis-je, sur l'instant, décider de penser différemment de la façon dont je pense? Cela semble bien improbable. Mais alors, d'où vient que je pense ce que je pense. Ce qui d'ailleurs ne veut pas dire que mes pensées ne peuvent pas évoluer et que je ne suis pour rien dans cette évolution. Mais tout cela renvoie à ma propre histoire, et insertion dans un environnement déterminé, et relève d'un processus dont la dimension temporelle ne peut être laissée de côté. à terme. La discussion risque d'être passionnante.

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le 04/02/2014:

De la parité hommes-femmes à l'égalité hommes- femmes.
La domination des femmes sur les femmes et éventuellement sur les hommes est tout aussi possible, et selon les circonstances, réelle, que la domination des hommes entre eux et des hommes sur les femmes. Il ne suffit pas que la parité hommes -femmes soit établie à tous les niveaux institutionnels pour que l'égalité entre les les hommes et les femmes, aussi bien qu'entre les hommes entre eux et les femmes entre elles en découle.

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le 03/02/2014:

                la différence entre un énoncé qui relève de la croyance et un énoncé qui relève de la connaissance est sans doute à chercher dans les motivations qui me font accorder à ces énoncés une valeur de vérité, ce qui n'est pas indépendant de la façon dont ces énoncés sont produits et formulés. Leur mode de production est en effet très lié à l'intérêt que je porte à leur contenu.

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le 02/02/2014:

               Renan disait que les adeptes d'une religion seraient moins nombreux s'ils en connaissaient à la fois les dogmes et l'histoire. Pour en conclure que les motivations d'adhésion à une croyance religieuse ne sont pas d'ordre cognitif
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le 02/02/2014:

qu'est-ce qu'une connaissance religieuse? ou la religion est-elle un champ de connaissances? 
Tout d'abord il y a la connaissance des textes dits sacrés, des rites et de l'histoire de la religion en question; cela est plutôt le travail de l'historien. La question est plutôt celle-ci: la religion m'apporte-t-elle des connaissances? Bien sûr, mais la plupart du temps sur d'autres domaines que sur ceux dont il est au premier abord question. Ainsi les représentations que la religion me fournit sur l'origine du monde me renseignent bien sur la façon dont les hommes précisément pensaient alors leur réalité. Mais ce que j'acquiers ici comme connaissance ne concerne pas précisément l'origine du monde, même si je peux imaginer qu'il s'agissait bien de connaissances pour ceux qui l'exprimaient alors. Les critères ne ce qui est connaissance ou simple conjecture varient selon le temps.
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le 01/02/2014:
                     
j'adhère à une croyance, non à une connaissance.
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le 01/02/2014 :
Croyance et connaissance:
la différence  entre ces deux manières pour l'homme de se référer au monde qui l'entoure est difficile à préciser; sans doute parce que toute croyance contient quelque part des connaissances, et que toute connaissance contient peut-être une part de croyance. Pourtant il ne s'agit pas du même processus. 
Pour commencer, il y a diverses sortes de croyances : 
              " je crois qu'il va pleuvoir...": simple conjecture...
              " je crois que dans l'au-delà les homme seront récompensés ou punis selon leur vie terrestre; le monde autrement serait trop injuste..." conviction  correspondant plus ou moins à un besoin de justice...
        " je crois que le monde n'aurait pas pu exister sans une intelligence pour le créer...:" conviction s'appuyant sur des considérations d'ordre cognitif.
              " je crois que ma femme m'aime..." 
              " je crois être utile dans le monde..."
              " je crois que la vie est belle..."  
en définitive, deux grandes catégories de croyances: les croyances de conviction, empreintes la plupart du temps de certitude, et celles, au contraire, résultant d'une pensée incertaine. 
Ce qui est commun à toutes ces expressions, c'est qu'elles sont des énoncés auxquels je confère un valeur de vérité. Sur quoi est-ce que je m'appuie pour leur conférer cette valeur de vérité?

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le 29/01/2014: 
Mathématique et poésie.
Les paradoxes de Zénon d'Elée; le lièvre ne rattrapera  jamais la tortue; la flèche n'atteindra jamais sa cible; il me faudrait un temps infini pour parcourir n'importe quelle distance... En effet, nous dit Zénon, il me faut, ainsi qu'au lièvre et la flèche, parcourir d'abord la moitié de la distance, puis la moitié de la moitié qui reste, et ainsi de suite, en sorte qu'il restera toujours (Ici est la faute de raisonnement : 1) que veux dire toujours; 2) comment passe-t-on de  "il reste alors une moitié à parcourir" à "toujours" ? Cl. Marti le 14/02/2014)
une moitié à parcourir, qui ne sera jamais franchie par le lièvre ou la cible car, ainsi qu'à moi, cela, demanderait un certain temps et qu'aucun de nous ne dispose d'un temps infini pour franchir la dernière moitié restante.
                 L'erreur consiste ici à confondre le mouvement et la trajectoire du mouvement; celle ci peut se diviser en moitié et en moitié de moitié, mais cela n'a plus cours en ce qui concerne l'acte qui effectue le mouvement lui-même. Il peut être multiple si la distance est longue, mais il est toujours indivisible à défaut d'être un autre acte, d'un autre mouvement.("je ne comprends pas cette phrase", Cl.Marti le 14/02/2014).

Soit une distance de 5 mètres entre deux points A et B; j'invite mon petit-fils à parcourir cette distance avec moi. Je fais des pas de 80 centimètres; il me faudra donc 7 pas pour parcourir cette distance que je vais d'ailleurs dépasser de 60 centimètres. En effet, ou je fais 6 pas de 80 cms plus un autre pas de 20 cms, ou je fais 7 pas de 80 cms et alors je dépasse le point B. Mes deux mouvements ici ne sont pas identiques : un pas de 20 cms n'est pas la même chose qu'un pas de 80 cms . Comme il me faut 1 seconde pour faire deux pas, il me faudra un peu plus de 3 secondes pour parcourir la distance.

Mon petit-fils, lui, fait des pas 50 cms. Il lui en faudra donc 10 pour parcourir la distance. Mais comme il fait 4 pas par seconde, il ne lui faudra que 2 secondes et demi pour passer de A à B. 
Ainsi, en ce qui concerne les mouvements de mon petit-fils et de moi-même, rien n'est identique; alors que distance parcourue, elle, reste la même. Les calculs et divisions que je peux faire à partir du mouvement de mon petit-fils ou de moi-même ne correspondent pas aux calculs et divisions que je peux opérer sur la distance parcourue, sur la trajectoire. 'Bernard le 15/02/2014).

                    L'intérêt de tout cela est de montrer qu'il ne faut pas confondre le fait lui-même et la description que j'en donne, qui peut être telle que je raisonne sur une donnée fausse. Je ne raisonne plus sur le fait lui-même, mais sur la mesure que j'en ai fait Le résultat d'une telle réflexion est une construction imaginaire où finalement les contraintes autres que les contraintes logiques sont abolies; les mesures sont en effet homogènes: un centimètre vaut un centimètre et une seconde, une seconde. Il me faudra autant de temps pour franchir 50 centimètres que pour franchir des milliers de kilomètres : un temps infini...Le monde auquel la logique mathématique m"introduit est un monde à la fois fantastique, mais totalement homogène ("le texte de Zénon n'est pas de la mathématique, mais une argumentation qui ne s'est pas penchée sur ses présupposés et n'a pas découvert les axiomes cachés de ses raisonnements" Cl.Marti le 14/02/2014); aucune qualité ne s'y impose, ce qui par contre coup me permet d'y introduire celle que je veux ou que mon imagination m'inspire; il me faut donc déterminer si ma réflexion porte sur un fait réel ou si la traduction théorique que déjà j'en donne ne lui retire pas sa consistance et sa résistance.
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le 28/01/2014: libre-arbitre

            Le libre arbitre est une illusion rétrospective. Etre libre, c’est avoir la possibilité d’agir selon son être. Et bien sûr la question suivante s’impose : non pas «  qui suis- je ? » mais « que suis-je ? »  Et je suis la résultante ordonnée et structurée, donc complexe, des diverses déterminations qui se sont exercées, et qui s’exercent encore, sur une réalité, primitivement aléatoire, qu’elles contribuèrent, et contribuent toujours, à constituer comme « moi ».
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Le 28/01/2014:

Certains présupposés de la pensée classique :

  1)   Un besoin de certitude  absolue : Descartes, Spinoza, les mathématiciens et logiciens qui les ont suivi jusqu’à Godel, qui deviendra fou d’être dans la situation de démontrer qu’il est impossible d’y parvenir.

      2)  Le fonctionnement de ma pensée, dont le modèle est la rationalité logique, des mathématiques, est adapté au réel ; c’est une nécessité, sinon Dieu qui est l’auteur de l’un et de l’autre ne serait qu’un malin génie cherchant à me tromper. Galilée écrira:« La mathématique est l'alphabet dans lequel Dieu a écrit l'univers » et « le livre de la nature est écrit en langage mathématique »

    3) Le fonctionnement correct de ma pensée est de passer de l’évidence sensible qui peut me tromper, comme critère de vérité, à l’évidence intellectuelle, que seule la logique en définitive peut me fournir.

Ces trois présupposés seront remis en cause dans la façon moderne d’envisager mon rapport au monde.

   a) Ce besoin de certitude repose en définitive sur quelles motivations ? D’ordre cognitive ? d’un autre ordre ? La question mérite d’être posée, même si la réponse, pour l’instant se fait attendre.

      b) Rien ne me dit que ma pensée, résultat d’un processus évolutif, et non possibilité découlant de la création par Dieu de mon âme, est apte à me donner du réel une représentation adéquate. La distinction entre le « réel », et ce que mes moyens d’observation et mes moyens conceptuels me permettent d’en saisir et de comprendre, déterminant ainsi un ensemble des représentations que j’appelle la « réalité » soient identiques. 

      c) Enfin la notion d’évidence intellectuelle est tout autant sujette à variation que celle d’évidence sensible et ne peut donc constituer un critère de vérité. Les moyens , par ailleurs, grilles d'accès au "réél"  dont l"homme dispose pour cet objectif sont en effet le résultat de sa  propre production et en conserve les limites.

Conclusion : il n’y a de certitude que relative ; ce qui ne veut pas dire que tout énoncé, ainsi que tout acte, ont la même valeur. Mais leur valeur ne peut être déterminée en eux-mêmes, mais à l’intérieur du cadre relationnel dans lequel ils ont été produits ou décidés.

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Le 28/01/2014:


Si les mathématiques sont l'étude de toutes les relations possibles, expérimentées, expérimentables ou imaginaires, elles peuvent être à l'origine de la création d'un monde fantastique comme celui d'Alice au pays des merveilles. Elles sont aussi à l'origine de beaucoup d'hypothèses concernant la mise en ordre des diverses observations sur le monde qui nous environne.
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